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Bienvenue au nouveau monde !

18 décembre 2007

Il ne faut pas s’arrêter à la LRU ….. Gilles Deleuze disait que tous ceux qui se battaient pour le maintien des lieux clos, à savoir la famille, l’école, la caserne, l’hôpital, la prison, se livraient à des combats d’arrière-garde. Ces lieux appartenaient à un monde qui battait en retraite, le monde de l’enfermement. En d’autres termes, ou pour le dire avec Foucault, on est passé à une société de contrôle, qui n’a plus besoin d’enfermer les individus pour les discipliner. Ses dires ont été davantage associés aux lieux classiques de l’enfermement (la prison et l’hôpital psychiatrique) et moins aux autres lieux clos en crise dans lesquels nous évoluons tous les jours.

Enfin, je ne saurais formuler mieux ce que Deleuze a dit à ce sujet et qui reste d’actualité :

Gilles Deleuze, Pourparlers

« Nous entrons [sommes entrés] dans des sociétés de contrôle, qui fonctionnent non plus par l’enfermement, mais par contrôle continu et communication instantanée. (…) Bien sûr on ne cesse de parler de prison, d’école, d’hôpital : ces institutions sont en crise. Mais, si elles sont en crise, c’est précisément dans des combats d’arrière-garde. Ce qui se met en place, à tâtons, ce sont de nouveaux types de sanctions, d’éducation, de soin. Les hôpitaux ouverts, les équipes soignantes à domicile, etc., sont déjà apparus depuis longtemps. On peut prévoir que l’éducation sera de moins en moins un milieu clos, se distinguant du milieu professionnel comme autre milieu clos, mais tous les deux disparaîtront au profit d’une terrible formation permanente, d’un contrôle continu s’exerçant sur l’ouvrier-lycéen ou le cadre-universitaire. On essaie de nous faire croire à une réforme de l’école, alors que c’est une liquidation. Dans un régime de contrôle, on n’en a jamais fini avec rien. (…) A chaque type de société, évidemment, on peut faire correspondre un type de machine : des machines simples ou dynamiques pour les sociétés de souveraineté, les machines énergétiques pour les disciplines, les cybernétiques et les ordinateurs pour les sociétés de contrôle. Mais les machines n’expliquent rien, il faut analyser les agencements collectifs dont les machines ne sont qu’une partie. Face aux formes prochaines de contrôle incessant en milieu ouvert, il se peut que les plus durs enfermements nous paraissent appartenir à un passé délicieux et bienveillant. La recherche des ‘universaux de communication‘ a de quoi nous faire trembler. Il est vrai qu’avant même que les sociétés de contrôle se soient réellement organisées, les formes de délinquances ou de résistance (deux cas distincts) apparaissent aussi. Par exemple les piratages ou les virus d’ordinateurs, qui remplacent les grèves et le sabotage (le sabot dans la machine). Vous demandez si les sociétés de contrôle ou de communication ne susciteront pas des formes de résistance capables de redonner des chances à un communisme conçu comme organisation transversale d’individus libres. Je ne sais pas, peut-être. Mais ce ne serait pas dans la mesure où les minorités pourraient reprendre la parole. Peut-être la parole, la communication, sont-elles pourries. Elles sont entièrement pénétrées par l’argent : Créer a toujours été autre chose que communiquer. L’important ce sera peut-être de créer des vacuoles de non-communication, des interrupteurs, pour échapper au contrôle. »

in: Futur antérieur, n°1, printemps 90, repris dans Pourparlers, 1990, p. 236-238.

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