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Kafka au rebut ?

10 juillet 2009

Encore sous le charme de l’emballement de l’écriture collective, qu’une proposition d’écrire, traduire à partir de quelques lignes de Kafka a déclenché, je tombe sur un billet de François Bon, Kafka tel qu’on le jette.

Chacun, au moins s’il fait partie de l’espèce qui a grandi avec les livres, trouvera rapidement des souvenirs similaires.

Des livres, si on ne les a pas perdus de la même façon – encore que prêter un livre que j’ai lu et qui ne revient pas, signifie qu’il circule, et avec lui son contenu, c’est donc plutôt une bonne chose, qu’on trimballe de déménagement en déménagement dans des cartons qui restent fermés et rangés dans un coin rarement visité.

L’un que j’ai acheté en version poche faute d’argent et que j’ai remplacé depuis par une belle édition, pas forcement neuve mais plus appréciable (pourquoi d’ailleurs) que ce caneton jauni de « jai lu », l’autre que j’ai en double suite à des fusions de bibliothèques et de rayons limités, rejetant l’exemplaire le plus usé, ou encore des curiosités de jeunesse, que je n’arrive plus à mettre dans la bibliothèque, mais que je ne veux pas pour autant jeter – j’ai essayé de les refiler aux mômes, mais ce n’est pas leur truc, donc eux-aussi sommeillent au fond d’un carton. A chaque déménagement je me pose la question de savoir si le ou les cartons en questions seront encore du voyage ou s’il doivent subir le sort des cartons restés fermés pendant trois déménagements. Et il s’agît là vraiment de livres que je n’ai pas pu donner, ce que je fais par ailleurs facilement.

N’arrivant pas à jeter, je ne peux espérer qu’une catastrophe, genre inondation de la cave, incendie du grenier, qui m’épargne cette décision, à laquelle j’ai du mal à me résoudre : jeter un livre, sans penser en même temps que je jette son auteur ou encore le souvenir qui s’y attache.

Mais revenons au départ. Devant ce souvenir du premier livre de Kafka acheté, prêté et jamais revu, mis en parallèle à cet exemplaire du même livre, usé, écorné de la bibliothèque, destiné au pilon, car il a fait son temps, comme on a l’habitude de dire, pas l’auteur, mais cet exemplaire précis, je me m’interroge sur ce qu’on jette réélllement.

Sous l’émotion, il s’agît bien d’une circulation capitalistique, dont il est question. Arrive le moment ou le vieux, usé, taché est remplacé par le flambant neuf, dans certains lieux et circonstances cela prend plus de temps (les bibliothèques ici), dans d’autres ça va plus vite, c’est pourtant le même processus. Sans être insensible, faut-il le regretter ?

Le gaspillage certainement, qui participe à ce processus de maintes manières. Et l’imagination trouvera bien des usages avant de mettre ces livres au pilon où ils vont alimenter la production démentielle de la rentrée littéraire.

Cependant une chose est certaine, dans les bibliothèques, on ne jette pas les auteurs, à moins que celle-ci soit sous un régime qui prône les autodafés, on remplace leur support physique par un autre. Qu’y-a-t-il de différent dans l’édition numérique, qui se passe dès le départ du support papier ? Pourra-t-on ressentir les même regrets quant à un fichier perdu, devenu illisible, mais encore présent sur un quelconque serveur ? Bref, ce rapport affectif au livre pourra-t-il survivre la disparition du livre en papier ?

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