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A, une fois ou deux

27 août 2010

Courir, toujours courir
toujours plus loin, continuer
le sable grince sous les sandales
s’introduit entre paume et
semelles, rappelle que l’été vient juste de
commencer.
Les pieds, trop tendres, pas encore préparés
après un long hiver, protégés par des chaussettes,
pas encore préparés aux longues marches.
L’eau, elle aussi, doit être abordée prudemment
la chair de poule à surmonter, la peau
la déshabituer de l’eau
tiède du bain
l’habituer au bleu profond et froid
percer la ceinture des algues
le ressac, le détourner, gagner
la distance, un aperçu différent
du désert du sable, s’éloigner et
se rapprocher, offrir aux pieds un peu
d’apesanteur, une pause
avant de continuer, les longues droites
dans les dunes, les traces dans
le sable, bientôt effacées, submergées
par le jeu des marées.
Tel un ver qui creuse son chemin
à travers le sable, lentement, se laisser
surprendre, arriver à la surface, approcher
le sable en contre-plongée, le monde
en gros plan
et pourtant déchiffrer chaque grain
unique et interchangeable.
A. est aussi le nom d’un endroit
au nord de la France, sur le chemin
de la « drôle de guerre » 1940, date
de sa naissance, faire le pont entre
les distances, les temps et les histoires, O,
1978, des années trop tôt ou trop tard,
1995, premières retrouvailles en
F, une grande cour accueillante,
puis une habitude estivale et très
bretonne.
Le début d’un long parcours, à pieds
ou sur des roues, recommencer et continuer
pour trouver SA paix, l’expérimenter,
le partage, avec les autres, SA Bretagne,
SON sable
SA mer, SES îles, SON toit et
son absence de toit, noyée et
magnifiée dans le vin, du vin blanc,
pour la transparence, la clarté
de la pensée, afin de venir à
bout de la fumée, qui la voile,
cigarette après cigarette.
Laisse le café aux autres, comme
le repas qu’il a préparé avec soin,
déjà rassasié par les odeurs, partage
encore, donner sans retenue, mais
faire participer tout le monde
à la recherche du récipient manquant,
de l’épice absent, caché, pas
tellement, au temps qui file,
au rythme des préparations.
Au dessus, à côté, présente,
la main protectrice, qui est là,
en suspens, attend des fois, un signe, attend douloureusement
qu’il s’aperçoive de sa présence
cette main, qui supporte aussi la
trahison, qui ne rompt pas le contrat tacite,
de son côté, malgré les transgressions de l’autre.
La question, la question toujours reposée
de savoir si ce qui sépare ne risque pas
de menacer le lien, un lien
qui a peut-être trop duré,
fissuré, écorné,
capricieux comme le temps écoulé
tendu, pas trop, le lien, il tient, est réparé
comme tant de choses.
Main et pieds, unis jusqu’à la fin
jusqu’à ce que le centre de contrôle
est menacé par un corps étranger
qui finit par l’écraser et que les
pieds ne veulent plus faire ce que
la partie intacte lui ordonne
que la main n’est plus assez forte
pour compléter les forces
survivantes, pour remplacer
les forces absentes.

Cette main qui ne se résigne pas
pour autant, mais accepte ses limites
les limites de ce qui leur est commun
pieds et main, cette main qui
maintenant accompagne la faiblesse, les
membres épuisés, sans regrets
se souvenant de la plénitude d’avant,
qui reste, qui resiste, pousse et
paralyse, imprègne et s’étend
telle une deuxième peau
suffisante peut-être, pour que naisse
une nouvelle en dessous.

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